Eiger Ultra Trail raccourci…

Je pensais venir chercher une performance. Je suis finalement reparti avec une leçon. Après avoir explosé en pleine montée et envisagé l'abandon, j'ai découvert que mon plus grand adversaire n'était pas le parcours, mais moi-même.

Robin Fournier

7/23/2025

a man riding a skateboard down the side of a ramp
a man riding a skateboard down the side of a ramp

Je devais courir 101 km. J’en ai couru 68.
J’espérais un sommet, j’ai eu un combat intérieur.
Ce n’était pas le jour parfait. Mais c’était une vraie leçon.

Le mail

Vendredi 18 juillet, début de soirée. Je reçois un mail de l’organisation de l’Eiger Ultra Trail. Les parcours de repli C sont activés. Ma course ne fera donc pas 101 km et 6'700d+, mais 68 km pour 4'300d+. Frustration, en regardant le radar météo suisse, je ne vois rien de dramatique. Mais la décision est prise. Je n’ai pas mon mot à dire et qui serais-je pour donner mon opinion sur qqch dont je ne connais rien…

Départ

Samedi, 4h. Départ de Grindelwald. L’organisation est brouillonne, ce qui m’étonne pour une épreuve suisse alémanique. On nous appelle sur la ligne au dernier moment. Dès les premiers hectomètres, ça part très vite. J’ai l’impression d’être dans une montée verticale. Je me retrouve 22e à Grosse Scheidegg. Les gars courent comme sur un KV. Je ne m’enflamme pas. Je me cale entre mes deux seuils ventilatoires. Rien de plus, rien de moins.

Bort

La première descente est rude. Une piste 4x4, du goudron. On court à 3'35/km. Absurde, c’est la route que prennent les touristes qui font de la trottinette estivale… Je suis 12e à Bort. Ravito express, efficace.

Côté nutrition : j’apporte entre 70 et 90 g de glucides par heure, via gels, boisson d’effort, et barres. J’alterne toutes les 30 minutes, je reste régulier.

First

La montée vers First est spectaculaire. Cascade, passerelle suspendue, je suis entre deux allures. Les jambes sont correctes, sans être excellentes. Je perds trois places mais je reste calme.

Schwendi

Je quitte First avec une idée en tête : rattraper ceux de devant. Je pense être proche du top 10. On passe le superbe lac de Bachsee à 2'266m, puis on attaque une longue descente. Enfin, un vrai sentier. Étroit, technique, avec peu de place pour les pieds. Puis, des prés à vaches, des ronces, de la boue. Enfin du trail. Je me sens bien.

Mais ça ne dure pas. Très vite, on rejoint une piste 4x4, puis du goudron. On perd 1'450 m de dénivelé sur un terrain roulant. Je descends vite, mais sans plaisir. Honnêtement, pour une course de ce standing, c’est décevant.

Arrivée à Schwendi : ma team n’est pas là. On avait mal compris, ils pensaient que le point était interdit au staff. Je vois les autres se ravitailler avec leurs proches. Moi, je passe en volant. Il est temps de tenter quelque chose. 37km de course, 3h57 au chrono. Mon cardio est propre mais un peu haut à 158-160 bpm. Je relance.

Männlichen : l’explosion

Je monte vers Männlichen un peu trop fort. Je dépasse mon second seuil. Après 10 minutes, je saute. Les pensées noires s’invitent. DNF « T’es nul, t’as rien à faire ici ». Mais je me dis qu’il vaut mieux avancer comme un escargot que de mettre genou à terre. Surprise, à mi-ascension, mes amis sont là. Ils me parlent doucement, me recentrent. Je prends un peu de liquide au pseudo-ravitaillement mis en place par l’orga. Eux n’ont pas le droit de m’aider. Mais leur présence m’aide. Je continue, lentement, je marche tout le long. Aucune relance, ni sur le plat ni en descente. Rien à donner. Je me traîne jusqu’au sommet.

Ravito de la relance

J’arrive à Männlichen totalement cuit. Mais je décide de ne pas abandonner. Je prends le temps de bien manger, de bien boire. De me relancer. Je suis avec Matthew Healy, le Sud-Africain qui m’avait battu à Tenerife. Je me dis : aujourd’hui, c’est moi qui passe devant.

Kleine Scheidegg

Je repars avec peu de confiance, mais plus d’énergie. Descente rapide, puis montée vers Kleine Scheidegg. On croise les coureurs du 35 km. Et là, bonne surprise : je suis plus rapide que certains dans les descentes. Je grimpe au rythme du groupe de tête du 35. Je reprends des places, et surtout de l’envie.

Retour à Grindelwald

On plonge sur Grindelwald par une éternelle piste 4x4. Pas fun, mais pas goudronnée au moins. Je décide d’accélérer. Petit plaisir : sur ce segment, je réalise le meilleur temps parmi les finishers du 68 km. Seuls les mecs du podium du 35 sont plus rapides. Comme quoi, je n’étais pas mort.

Pfingstegg

On remonte enfin sur un sentier digne de ce nom. Ronces, boue, zigzags, concentration. Je me sens vivant. Puis vient le coup de cul final : 400d+ sous la télécabine. Raide, plus de 30%. Mais ça me plaît, c’est du vrai trail. Je monte, je me ravitaille rapidement, et j’attaque les 5 derniers kils.

Finish

Je vois les vététistes de la prod remonter. Ils vont filmer la tête féminine. Je me dis qu’elles ne sont pas loin. Je pousse fort, je termine les 15 minutes finales au-dessus de mon second seuil. Les jambes répondent enfin. Ce n’était pas le corps qui manquait. C’était la tête!

Verdict

Je boucle les 68km et 4'300d+ en 7h50. Oui, je suis déçu, selon mes données, j’avais de quoi faire 15–20 minutes de mieux. Pas assez pour jouer un podium, mais pour faire une course pleine. Ma prépa était axée long. Ce parcours ne m’a pas avantagé.

Mais j’ai appris. J’ai tenu. J’ai vu où ça craque, et où ça relance.

Soit on gagne. Soit on apprend!

RDV dans un mois pour la grande messe de l’ultra à Chamonix -> UTMB

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Passionné de trail et certifié préparateur physique en endurance, j'accompagne des athlètes qui veulent progresser durablement en montagne.

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