PICa-PICA-CHuuu

Je suis tombé dans presque tous les pièges d'un ultra-trail. Mauvaise gestion de l'effort, alimentation, stratégie de course : chaque erreur m'a rapproché de l'abandon. Mon retour d'expérience peut vous éviter de commettre les mêmes fautes.

Robin Fournier

9/4/2024

Tel le célèbre Pokémon, mon expérience au Pyrénéen fut éclair. Foudroyer par mes crampes au quadriceps et mon estomac fragile. L’envie de trop faire dès le début me porta préjudice. Ayant eu plusieurs jours de réflexion, voici mon analyse en toute franchise.

Comment bien échoué en ultra? Voyez dans la liste suivante, selon cet ordre chronologique le cumul des meilleur connerie à faire pour vous sabotez en course.

  1. Regarder ça trace GPX au lieu de surveiller ces BPMs, surtout les premières heures de course…

  2. Tester des protocoles hydriques qui fonctionnent sur 6h mais aucune idée au-delà de ça…

  3. Être efficace au ravito en étant rapide, mais stressé comme un vache dans un abattoir…

  4. Trop serrer les lacets de ces chaussures pour assurer les descentes au point d’avoir des hématomes sur les pieds dus au manque de circulation sanguine…

  5. Vouloir revenir sur le premier concurrent et faire deux montées au tempo sans penser aux conséquences par après...

  6. Tester des nouvelles barres, car le marketing de ce dernier mon bien entubé…

  7. Finalement être si mal au point de plus rien manger et boire afin de soulager l’estomac…

Vous l’aurez compris, je me suis saboté moi-même due à ma soif de vouloir être à l’avant de l’épreuve en prenant “trop de risque” Si aujourd’hui, j’écris ce texte, c’est pour me rappeler à jamais qu’avant de courir contre les autres, je dois courir contre mon être. La compétition félicite seulement les 3 premiers concurrent de chaque épreuve, mais si l’on souhaite monter sur la boite à chaque fois, il faut réussir à trouver le bon équilibre entre en faire trop et rater le train…

CR PICaPICA

Le départ est donné d’Auzat, vendredi 16 août à 5h du matin. Je me retrouve rapidement en 3e position lorsque je traverse le premier hameau de Goulier. La première ascension est gargantuesque, nous montons au Pique d’Enderon à 2'472m en moins de 9km de distance. Au sommet, je pointe second à 6 minutes du Leader. Après une descente prudente vers le premier ravitaillement à Izourt au kilomètre 15, je retrouve mes amis venus me soutenir. Blatt, Matt, Willy & Martin ont fait le déplacement depuis la Suisse pour m’aider sur cette épreuve, merci à eux.

Après un ravitaillement “en gestion” je m’emporte pour essayer de revenir sur L’Espagnol qui mène la danse. Ma pénitence commence, à ce moment, au lieu de contrôler mes BPMs, je préfère avoir le fichier GPX sur ma montre. Je passe la seconde et troisième montée entièrement en zone 3 dite tempo. Trop élevée, pour un ultra de cette longueur…

Nous entrons sur le territoire Andorran par la Porte de l’Abeille à 2'601m et sortons aussitôt par le Port Tristagne à 2'682m. La descente jusqu’au Refuge Fouccat est un chantier de pierres qui roulent. 1 km avant le second ravitaillement, je vois le 1er et le félicite, le chemin est un aller/retour pour le refuge. Je m’exécute de la façon la plus rapide afin de réduire encore les écarts (toujours en sur régime)

Je me dirige maintenant vers le Pic de Malcaras à 2'865m et me perd dans le brouillard. Je ne vois plus les fanions roses du marquage de course et décide de suivre ma trace GPX. Ce n’est qu’en passant au-dessus de la brume que je me rends compte que le marquage allé de façon linéaire vers le sommet, alors que moi, je viens de faire une courbe en plus… au sommet on m’annonce un écart de 15 minutes…

Je m’empresse à nouveau de faire une descente correcte afin d’avoir le leader en vue. La descente est abrupte et c’est normal, vous me direz je suis à la PICaPICA sur 3km, on perd 1'200m d’élévation.

Arrivé à Soulcem au kilométrage 33, j’ai déjà un dénivelé positif de 3'650m. Je fais à nouveau un ravitaillent rapide, car c’est ce que le leader a fait et repart pleine balle. Mes amis sont là et me boost à fond, je suis sur-motivé, mais mon corps en a décidé autrement.

Lors de cette nouvelle montée, mes quadriceps se font douloureux. La pente est atroce, mais étonnamment, j’aime ça. Arrivé au sommet de la pointe de Peyreguils 2'703m, je suis à nouveau sur le territoire Andorran. Il y a des touristes en masse qui s’interrogent sur mon état… Pendant toute la montée, un tourbillon de pensée néfaste m’envahit et je n’arrive point à m’en défaire. De plus, j’ai mon pied droite qui est de plus en plus douloureux. J’ai lacé mes souliers trop fort de peur de manquer de précision lors des descentes…

Arrivé à Arcalis, je suis aussi bien épuisé mentalement qu’entamer physiquement. Je songe à l’abandon, mais me tais. Je mange quelque part de tortillas et bois du thé froid afin de me refaire une santé.

Je repars avec l’espoir d’avoir atteint mon plus bas et que la machine va s’inverser. 20 minutes après mon départ, je vomis une première fois ma boisson glucidique, je me dis que voilà mon venin est sorti. Je me répète que ça va aller, car 3 sommets à plus de 2'700m attendent mon passage.

Le combat intérieur prends une autre tournure, quand je commence à me parler à haute voix. J’ai l’impression que mon estomac va mieux, mais je suis grillé comme une merguez. La suite est un long chemin jaugé de nausée, point noires dans les yeux et de vomissement.

Je dois m’arrêter plusieurs fois pour respirer normalement. Lorsque j’attaque la descente avant le ravitaillement de Crouts, je ne suis plus que l’ombre de ma défaite. Je suis même contraint de marcher à la descente tellement que je me sens mal… j’arrive à Crouts après 53km et 6'000m d’élévation parcouru.

J’abandonne alors que je suis 4e… de l’épreuve.

Actuellement de retour en Suisse après deux semaines de coupure, j’ai qu’une idée en tête tout donner pour la Diagonal des fous, le rendez-vous est pris à la Réunion!!!

STAY IN MOTION

Email

Téléphone

contact.robin.fournier@gmail.com

+41 79 698 78 40

© 2026 — Stay In Motion. Tous droits réservés.

Site géré par Stay In Motion — Mentions légales — Politique de confidentialité

Passionné de trail et certifié préparateur physique en endurance, j'accompagne des athlètes qui veulent progresser durablement en montagne.