Tenerife Blue Trail 110k

Sur l’île de Tenerife, le Teide a été le juge de paix d’un Tenerife Blue Trail 110 km très exigeant. J’ai alterné entre des phases de contrôle et un passage plus difficile, notamment après une erreur de ravitaillement. Malgré un coup de moins bien, j’ai réussi à relancer dans les dernières heures. Je termine 6e après une fin de course engagée et lucide.

Robin Fournier

4/2/2025

black blue and yellow textile
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Situation avant la course :

Nous sommes début Janvier 2025, je sors de 5 jours d’antibiotiques. Le focus pour mon premier objectif de la saison commence ainsi. Toute la base est à refaire, je pars avec une approche différente que l’an dernier. Une augmentation de la charge de travail de 12% comprenant un ratio dénivelé/Km semblable à celui de la course. Forcément en mettant un double objectif hebdomadaire de quota à viser le volume horaire va augmenter de paire. Je commence mon chemin vers une forme meilleure à la première semaine de l’année jusqu’à la 12e.

À quelques jours du départ la liste des athlètes élites est rendu disponible sur le site web de la course il y a 16 athlètes avec un indice supérieur au mien.

Cela me plaît énormément, car je souhaite courir contre des athlètes meilleurs que moi sur le papier pour gagner de l’expérience. De plus en me fixant des objectifs par paliers, je consentisse le niveau de la concurrence face à ma forme actuel. Du goal le plus pessimiste au plus optimiste voir utopiste voilà mes niveaux à atteindre :

  • Finisher de l'épreuve

  • Finisher en moins de 14h30

  • Finisher en moins de 13h45 (est synonyme de podium 2024)

  • 1ère place

Pendant la course, Compte-Rendu Tenerife Blue Trail 110k

23h le départ de la course est donné sur la plage de Los Cristianos. Je suis serein, car c’est bien la première fois que j’arrive à m’immerger dans ma bulle sans subir le stress de l’avant-course. Nous courons sur 4–5km de bord de plages avant de nous enfoncer dans un tunnel sombre. Beaucoup de concurrents sont devant moi. Lors des premières montées, je zigzague entre les coureurs pour me placer, j’essaie de rester vraiment facile dans ma perception d’effort et d’avoir une respiration en aisance. Ma fréquence cardiaque m’indique en permanence que je suis 3 à 5 battements par minutes au-dessus de mon premier seuil ventilatoire. (141bpm)

J’aperçois pour la première fois de la nuit, ma team ravito de choc après une bonne heure. Composer de Blatt, Matt, Fufu & Mister T. Le but est simple avec une contrainte pour eux, faire des ravitaillements efficaces aux zones autorisées tout en faisant beaucoup de blague. J’ai tendance à faire de l’anxiété pendant les grandes échéances est le fait d’avoir des proches qui font les clowns me permet de beaucoup relativiser.

Je passe donc ce premier ravitaillement sans assistance en 57e position et continue de monter vers les sommets de Vilaflor. Cette longue ascension est un mélange entre des canyons végétalisé, des singles track racineux, et des routes de terre. Il y a beaucoup de verdure et des chiens qui aboient à tue-tête. Lors du second ravitaillement sans assistance, je prends le temps de m’arrêter et de mettre mon haut thermique. Je continue de grappiller des places et d’alterner entre une marche tonique avec les bâtons et du jogging léger, mon référent d’intensité est le fait de pouvoir parler. Si je sens que je suis dans la difficulté pour communiquer, je recommence à marcher.

Arrivé à Vilaflor après 4h06 de course, je suis 22e. C’est le premier ravitaillement avec assistance autorisé, Blatt est très calme, cela se passe à merveille, je suis lucide et me sens bien. Je vois les gars, rigole avec eux et repars booster. Je me dirige ensuite vers Parador un plateau désertique au pied du Teide sur cette section, nous avons l’obligation d’avoir des pointes de caoutchouc sur nos bâtons pour préserver le Park National que nous traversons.

La nuit est dégagée, le ciel est illuminé, mais le vent froid est présent. J’arrive à vraiment bien monter et me surprends à plus courir que ce que j’imaginais. Il fait déjà bien froid, j’ai mon tour de cou sur les oreilles et porte déjà ma veste étanche. Lors de la descente du Degollada de Guajara pour revenir sur Parador, je me tords la cheville droite et rigole tous seul en pensant aux genoux dans le gif.

Arrivé à Parador, l’organisation nous oblige à mettre des couches longues, je mets donc mon pantalon imperméable et commence la montée du Teide. Mon premier coup de mou arrive à ce moment, devant moi, il y’a Sange Sherpa et je n’arrive pas à le rattraper. J’ai tellement froid que mes bras restent tendus, je sers fort mes bâtons et n’arrive plus à les utiliser. De plus pendant plus d’une heure, je ne m’alimente plus. Je suis littéralement congelé. Un tourbillon de pensée négative arrive et je me vois déjà déposer les armes… Dans cet instant de faiblesse mental, je me dis une chose que tout le temps passer à s’entraîner, à faire des sessions d’entraînement en hypoxie pour monter au Teide ne doivent pas avoir été exécuté en vain. Je prends le temps d’inverser ces pensées et de me dire que si je souffre du froid, tout le monde souffre aussi. Et que mes amis m’attendent plus loin. J’arrive au sommet avec juste l’idée de me poser un moment au chaud dans une cabane qui fait office de ravitaillement et m’enfile 2 soupes et 2 tartines de Nutella, quel bonheur!

Je repars de là, avec panache, et commence à mettre du rythme dans la descente dès que cela est possible. Le terrain est très caillouteux et ressemble aux pierriers helvétiques de chez nous, puis finalement, il se transforme en un sable épais plus large. Je m’empresse d’arriver au second point d’assistance autorisé afin de me changer. Cela fait 10h16 que je cours et Blatt m’annonce que je suis 9e. La suite du tracé continue de descendre énormément avec quelques relances, durant ce moment, je m’engage à descendre fort et les premiers concurrents du format 70km me rattrape. Je passe un sacré bout de temps avec Jordi Gamito qui avait terminé second l’an dernier du 110km. Il met le rythme et moi, j’ai juste à débrancher la tête. “vamos máquina” crie-t-il à plusieurs reprises.

Arrivé au ravitaillement de Base del Asomadero, je commets ma seconde erreur, avec l’excitation de cette descente pleine d’engouement, je prends au ravitaillement seulement de l’eau et remarque que plus tard que j’avais mangé tout mon stock de gaufres et gel. Et là, ma punition est violente, je dois faire une bosse de 600d+ après 90km de course en plein soleil. Autant au petit matin, j’ai cru perdre les doigts sur le sommet du Teide. Autant à ce moment, je ne suis plus qu’une flaque sans énergie. Je ressens même les premiers symptômes de quand je suis en hypoglycémie. J’arrive à nouveau à rester stoïque est me dire, chill je mangerais à nouveau du Nutella au ravitaillement suivant.

En effet lors de ce dernier ravitaillement avec assurance autorisé au km 99. Je me demande au gars de rester calme alors qu’ils sont totalement déchaînés. Ils ont même acheté des accessoires et déguisement pour me faire rire. Je prends le temps de boire mon premier coca de la course et de refaire le plein d’énergie.

Je repars de là avec l’envie d’encore tout donner pour faire en dessous de 14h d’effort. La fin de cette course nous amène à longer le littoral nord de l’île. Puis des petits coup de cul sur des collines viennent casser le rythme et mes jambes crient de plus en plus au martyre. Peu importe le bocal est sur off, et je m’active sur les 2 derniers kilomètres, je vois le 6e concurrent. Je prends le temps de ralentir 30 secondes et de bien respirer à l’arrière sans qu’il ne me voie. Et lui mets une attaque directe, je le dépasse sans le regarder et produit mon ultime effort.

J’aperçois l’arche d’arriver et je m’autorise à regarder ma montre quand je vois écris 13h55. Je termine donc 6e de ce Tenerife Blue Trail 110km.

Les points d’améliorations :

  • Prévoir dans chaque sac d’assistance plus de nourriture

  • Prendre 2 paires de gants quand tu montes à 3’500m au moins de Mars…

  • Au ravitaillement on est en contrôle, checker systématiquement hydration et surtout nourriture

Les points qui ont fonctionné :

  • Pacing prudent en surveillant la respiration accordé à la fréquence cardiaque

  • Courir selon ces qualités, c’est à dire montée easy et descente engagé

  • Penser à rien et être dans l’instant présent

Après la course

Pour ma première course sur les épreuves UTMB World Series, je suis content de moi mais pas pleinement satisfait. Je sais quel axe d’amélioration donner aux entraînements et quels qualités à développer pour mon second objectifs de la saison à la fin juillet. En plus au vue de mon résultat, je me suis automatiquement qualifié pour pouvoir courir l’Ultra Trail du Mont-Blanc en 2026. Nous rediscuterons de ça en temps et en heure.

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Passionné de trail et certifié préparateur physique en endurance, j'accompagne des athlètes qui veulent progresser durablement en montagne.

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