UTMB, quelle est cette Quête ?!

Avant de prendre le départ de mon premier UTMB, une seule question m'obsédait : serais-je capable d'aller au bout ? Vingt-trois heures plus tard, je franchissais la ligne d'arrivée en 23e position, après une remontée de la 243e place au premier pointage. Plus qu'un résultat, cette course m'a confirmé qu'une stratégie maîtrisée, la patience et l'écoute de soi peuvent faire toute la différence.

Robin Fournier

9/3/2025

quatre lettres, un acronyme, un rêve ou une tempête?

Si aujourd’hui, je m’aligne sur cette épreuve c’est que je suis ambitieux mais avant cela je dois être courageux. Courageux de respecter mon pacing, Courageux d’être face à mes difficultés, Courageux de pouvoir prétendre à un temps donné. Mais pour cela, je vais devoir conjuguer avec ces questionnements.

  • Serais-je capable d’être prudent, lors de ma première participation?

  • Serais-je en mesure de finir ce tour sans abandonner?

  • Qu’est-ce que je viens chercher? un finish? un temps? une place?

Peu de question, beaucoup de réflexion, mais pour quel but? La grande messe du trail va débuter dans quelques jours. Avec tout le bruit qui lui est propre, ma seule préoccupation est de me concentrer sur moi et de volontairement éviter le plus de contact. Nous sommes à pile 2 semaines du départ au moment ou je rédige ces lignes et il est temps pour moi de m’isoler afin de prendre pleine conscience de la tâche qui m’attend.

Chamonix - 17h15

Je suis là, assis, à une demi-heure du départ. Autour de moi, des hommes et des femmes concentrés, presque tendus. Dans l’air flotte un brouhaha chaotique, un mélange de bruits et de silences lourds. Sur les visages, je lis la peur, l’anxiété. La même question semble traverser tous les esprits : qu’est-ce qui nous attend ? Dans quoi nous sommes-nous embarqués ?

Moi aussi, je tremble mais pas de froid est-ce de l’excitation ? De la peur ? Difficile à dire. D’habitude, ma fréquence cardiaque grimpe avant chaque départ, signe de ce stress précompétitif. Aujourd’hui rien le calme plat. Et soudain, sans prévenir, un étau me serre la poitrine. J’étouffe. Coincé comme une sardine.

Pourtant, au fond, je n’attends qu’une chose : que le coup d’envoi soit donné. Que l’on me libère enfin. Que mon corps s’élance, et que mon esprit puisse s’évader.

Chamonix au Col de Voza

Le départ retentit enfin. La musique, les cris, la foule : tout résonne autour de moi, assourdissant. Mais je m’isole immédiatement, crée ma bulle, et laisse filer les concurrents. Mon objectif est clair : courir pour moi, contre moi, contre le temps.

Le début est difficile : routes goudronnées, peu de sentiers. Le chemin vers Les Houches puis le col de Voza me permet enfin de marcher et de trouver mon rythme avec les bâtons. Beaucoup paient leur départ trop rapide, grelottant sous le froid, le vent et la pluie. Moi, j’ai pris mes précautions avec deux couches dès le départ. Une longue nuit orageuse s’annonce. À ce premier pointage, je suis 243ᵉ.

Col de Voza aux Contamines

La première descente marque le début de ma course sérieuse. Je reste prudent, sans m’enflammer, en respectant mes zones et mon SV1. Peu à peu, je remonte de nombreux concurrents. À Saint-Gervais, un ravitaillement rapide avec mes premiers amis me remet en route, toujours concentré sur mes sensations et dans ma bulle. Je sais que si je cours ainsi, en écoutant mon corps, je pourrai produire une belle performance.

La portion de Saint-Gervais aux Contamines est piégeuse : succession d’up and down, sans réelle montée. Mon point faible, mais travaillé à l’entraînement, me permet de rester à l’aise. Je garde un rythme constant et me glisse à l’arrière d’un petit groupe, déconnecté mentalement, en mode tempo hiking.

Aux Contamines, le contrôle du matériel est rapide. Je retrouve Willy pour le premier ravitaillement assisté : un peu de nourriture, un changement complet de tenue, et je repars chargé comme un mulet. Une longue nuit de pluie, neige et grêle m’attend, mais je ne le sais pas encore. À ce moment, je suis 204ᵉ

Les Contamines à Courmayeur

La nuit s’installe avec le froid et la pluie. À Notre-Dame-de-la-Gorge, l’ambiance est électrique : supporters, musique, tambours… mais le vacarme m’angoisse. Je reste dans ma bulle, concentré sur moi. Bientôt, le silence revient et la longue montée vers le col du Bonhomme commence. La pluie se transforme en grêle, le vent fouette mes jambes. Au sommet, je prends le temps d’enfiler mon pantalon de pluie, mieux vaut perdre quelques minutes que finir gelé.

La descente vers Les Chapieux est boueuse et difficile, mais je reste à l’aise, dépassant de nombreux concurrents. Je garde le focus sur moi-même et arrive 148ᵉ. Nouveau contrôle du matériel rapide, ravitaillement, et je repars chargé mais surpris de mon énergie. Sur le bas du col de la Seigne, je cours efficacement puis bascule à nouveau en tempo hiking, entamant ma plus grande remontada. Mes apports toutes les trente minutes tiennent, et je reste concentré malgré le froid et le chaos.

À l’approche du col, la neige s’intensifie. Mes gants ne suffisent plus, mes mains gèlent. Mais la vision de deux bénévoles immobiles, toute la nuit, me redonne de l’élan. Une nouvelle descente boueuse me permet de profiter de mon entraînement et de dépasser encore des concurrents. Les pyramides calcaires sont annulées et nous plongeons vers le lac Combal, puis vers les arêtes du Mont Favre. Le petit matin arrive et mes souvenirs deviennent flous, mais je reste concentré sur mon effort.

En approchant de Courmayeur, je continue ma Pac-Man remontada, dépassant des favoris et des élites qui cèdent. À l’arrivée, Ouellet & Moos m’accueillent. Je me change, prends quelques minutes pour débriefer, et repars motivé sur le long tronçon suivant. À la sortie du ravitaillement, je suis 67ᵉ.

Courmayeur à Champex-Lac

La sortie de Courmayeur est traîtresse : route goudronnée, rythme difficile à trouver. J’alterne marche rapide et petits pas, puis je retrouve une marche efficace jusqu’au refuge Bertone, aux côtés de la quatrième féminine.

La traversée vers le refuge Bonatti devient presque ludique : je parviens enfin à courir sans trop me forcer. Une petite descente casse-pattes nous mène à Arnouva avant l’ascension du Grand Col Ferret. Le jour se lève et, pour la première fois, je subis une panne sèche : plus d’énergie malgré mon alimentation régulière. Je progresse lentement, stoïque, plongé dans ma bulle et mes mantras.

Au sommet, la descente vers La Fouly me redonne un regain d’énergie. Je retrouve mon rythme, alternant contractions musculaires et accélérations dès que possible. J’arrive à La Fouly avec peu d’énergie et le visage marqué. Soudain, la présence bienveillante de Didier, Tim & Jules me redonne de l’élan. Je repars avec panache.

La route descendante vers Issert est longue, ponctuée de relances. Mon ressenti cardiaque est parfait, mais mes muscles tétanisés me contraignent à plusieurs ralentissements. À Champex, je suis 41ᵉ. Je prends le temps de me changer, de recevoir quelques conseils, et repars lucide et efficace pour la dernière portion, malgré la fatigue accumulée.

Champex-Lac à Vallorcine

Je repars le long du lac valaisan, foulée raccourcie mais cardio stabilisé, face à la redoutée montée vers Bovine. Au début, je croise Alex et sa copine, qui me donnent des nouvelles de la tête de course, mais je reste concentré sur mon rythme. La descente vers Trient se fait rapide mais prudente, en ménageant mes muscles.

Au col de la Forclaz, une foule d’amis m’encourage et me transmet son énergie, me boostant malgré la fatigue accumulée. À Trient, l’accueil est triomphal : cloches de la famille Virgo, acclamations, et la fameuse église rose en arrière-plan. On m’annonce que je suis 31ᵉ et premier Suisse. Le ravitaillement est bref mais mémorable : je croise le dossard numéro 1, Courtney Dauwalter, mais reste concentré et repars aussitôt, prêt à poursuivre ma course.

La montée vers Tseppes est éprouvante : boue, pente raide, chaque pas est un effort. Je souffre, mais reste dans ma bulle, répétant mes mantras et continuant à dépasser des coureurs malgré mon rythme modéré. La descente vers Vallorcine est stratégique : au loin, je vois des silhouettes à vive allure et me fixe pour objectif de les rattraper. Quand je les rejoins, ce ne sont que des touristes, gaspillant un peu d’énergie.

Puis l’explosion d’ambiance à Vallorcine : des centaines de supporters massés le long du chemin hurlent à plein poumons. Des torches s’allument, les drapeaux valaisans claquent au vent, et au milieu de la foule, un immense drapeau avec mon nom — Grande ROFO — flotte fièrement. L’énergie de la foule me galvanise. Je suis alors 27ᵉ.

Vallorcine à Chamonix

Porté par l’euphorie de Vallorcine, je gravis tout le Col des Montets en courant, malgré les douleurs, avec tête et jambes solides. Je rattrape Ugo Ferrari, le Duc de Savoie, puis double la seconde féminine, Camille Bruyas, à la bifurcation vers la Tête de Béchard et la Flégère. Enfin, j’atteins les derniers mètres de dénivelé sur la piste de ski menant à la Flégère. Au loin, un concurrent marche : je me motive, alternant course et marche, pour le dépasser juste après le sommet et entamer la longue descente vers Chamonix.

La dernière bascule est là. Je gère mes dernières calories, m’hydrate et continue à m’employer. Mon rythme est modéré mais régulier, adapté aux 170 km déjà parcourus. Puis, enfin, je touche le bitume et pénètre dans Chamonix.

Une marée humaine m’acclame en criant mon nom. Je baisse la visière de ma casquette, reste concentré et avance, absorbant toute l’énergie autour de moi. Le brouhaha me secoue comme dans une machine à laver; je ne sais plus quoi entendre ni penser. Je suis juste là, avançant, porté par le chaos et ma détermination.

Je franchis l’arche d’arrivée, retrouve mes amis et ma mère. Je stoppe ma montre : 23h12, 23ᵉ position. Mon premier UTMB est terminé, sans abandon, dans la douleur mais avec panache et respect de la course. Merci à tous ceux qui étaient au bord du chemin et m’ont aidé à pousser mes limites jusqu’au bout.

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Passionné de trail et certifié préparateur physique en endurance, j'accompagne des athlètes qui veulent progresser durablement en montagne.

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